Vraoum

POCHEP

Blog

POCHEP est un de ces êtres de légendes dont on dit "existe-t-il vraiment ?"

Il a été vite remarqué grâce à son blog POLITBURO par son humour décalé, autodérisionnel, mettant volontiers en scène sa personne entourée de beaux mâles moustachus ou de star des années 70...

Joyeux mixe de plein de bonnes choses, le trait de Pochep rappelle irrésistiblement un esprit FLUIDE GLACIAL de la grande époque.

Après avoir publié un premier album chez ONAPRATUT, les aventures de la Battemobile, on a aussi pu le retrouver régulièrement dans les irrésistibles résumés (gratuit) des AUTRES GENS, l'incontournable bd novela en ligne de Thomas Cadène, où on peut retrouver entre autres Aseyn, Bastien Vives, Yoda ou Wandrille, entre autres auteur de VRAOUM.

Mais Pochep est destiné à des gloires encore plus grandes, grâce à son mirifique album chez VRAOUM : La Traboule qu'il donne au public sur le blog du festival LYON BD dont il assume l'animation, youpi !

Ci dessous, une longue et chouette interview réalisée pour la sortie de l'alboum :

Cher Pochep, le monde entier te connait, mais tout de même serais tu assez bon pour nous refaire ton parcours ?

Je suis né au XXème siècle à une époque même pas encore pompidolienne dans une ville d’eau, de pastilles à la menthe et d’ennui certain (et de sombre Histoire aussi). Puis après un séjour aux Beaux Arts de Bourges, je suis venu m’installer en tant que pédé à Paris (à mon compte).

A partir de là, je ne fus qu’une sorte d’endive qui n’a rien fait de plus remarquable que devenir fonctionnaire pour payer un loyer très modéré pour cette contrée. J’insiste sur le terme « endive ». C’est bien le plus approprié.

Avant d'être blogueur tu as pas mal participé à des fanzines n'est ce pas ?

Ben en fait, non. Pratiquement pas. Il faut se reporter à mon statut végétatif de la réponse précédente. Non, tout est venu en même temps, blog, albums, fanzines, webzines.

Tu arrives relativement tard au blog, cependant on a l'impression d'une révélation soudaine de ton travail ?

Je ne sais pas trop, ça reste à vérifier. C’est très relatif. S’il y a une montée en charge, c’est à moi de la maintenir. Il est aussi beaucoup question des gens qui relaient mon travail ou qui n’hésitent pas à me mettre en avant. Pour l’instant, je poursuis dans les directions que je me suis fixé et les thèmes que j’aime aborder. Je me questionne beaucoup sur mon trait. Je me fixe des contraintes. Ça permet d’être un peu plus inventif, d’éviter de trop se répéter (j’ai vite ce travers), donc d’entretenir un intérêt.

On te retrouve aussi souvent sur les Autres Gens, la bd en ligne de Thomas Cadène, peux tu parler de cette expérience, pour laquelle tu as fait quelques (excellents) résumés ?

Je fais à présent des résumés, pourtant j’ai commencé avec la réalisation d’un épisode « classique » de la série (le 141). L’exercice ne fut pas simple, et le résultat, à mes yeux peu satisfaisant car je me suis mis une pression pas possible à essayer de bien faire (c’était ma première participation à ce projet que je suivais assidûment) et au final j’ai le sentiment de m’être bridé alors que l’échafaudage mis en place par Thomas Cadène laisse de grandes marges de manœuvre graphique. Si l’occasion se présente à nouveau de travailler sur les épisodes du récit, je procéderai différemment, de manière plus libre. L’une de mes difficultés a été de dessiner des jolies filles pour ce fameux épisode 141. Et c’est un fait, je ne sais pas dessiner ce type de personnage, ou alors de manière figée, sans expression. Pour mon plus grand malheur, la série regorge de jolies filles. Heureusement, il y avait Henri. Il m’a sauvé la mise sur la fin. Henri, mince quoi, il a de la gueule ! Depuis je travaille sur les résumés, et je m’y sens beaucoup plus à l’aise. J’écris et malmène les personnages comme je l’entends. Le résumé est un bel exercice ; difficile car il y a beaucoup de choses à rappeler et il n’est pas toujours aisé de trouver quelque chose de drôle à dire, alors il faut fouiller dans les détails, le côté un peu crasseux ou absurde de certains personnages. Ensuite, la mise en place de quelques fils conducteurs, de quelques éléments de répétition aide à structurer l’ensemble afin que cela ne ressemble pas trop à un patchwork.

Puis tu animes le blog du festival de Lyon, qui est, je crois, à l'origine du projet TRABOULE ?

Traboule est né de l’invitation qui m’a été fait de tenir le blog du festival sur proposition d’un certain Wandrille. J’avais carte blanche. Réfléchissant à la manière dont je pouvais m’approprier le blog du festival, d’une part je ne voulais pas faire exactement ce que je fais déjà sur mon propre blog, et d’autre part, j’avais deux pistes à ma disposition : Lyon, la ville du festival et la BD, la nature du festival. Je ne tenais pas spécialement à raconter une histoire d’amour à la Croix-Rousse. Les traboules ont l’avantage d’être inhérentes à cette ville sans pour autant être visibles au premier coup d’œil. Ce concept de passage quelque peu dérobé fut alors mon point de départ. Et dès lors que ce concept était posé dans le titre, j’avais tout loisir de quitter la ville et de commencer à bâtir une histoire ailleurs. Une histoire de passage. C’est aussi de ce passage que naîtra l’idée de demander aux invités du blog la réalisation des fausses couvertures d’albums. Le faux-album de son enfance, la somme de toutes ses lectures de jeunesse qui feront que chacun empruntera le chemin qui le mènera du statut de lecteur à celui de créateur.

Tu ne connaissais pas trop Lyon n'est ce pas ?

Je ne suis jamais allé à ce festival. Je connais juste un peu la ville, j’y ai quelques bons souvenirs dont une soirée du nouvel an terminée aux urgences.

Pour le blog de Lyon, tu as amené à participer au blog plusieurs amis issus de la blogosphère (Yoda, Lommsek, UNter, Capucine, Wayne...) et plusieurs autres ont même fait des pages pour l'album : c'est un peu ta famille d'auteurs, n'est ce pas ?

Oui, ce sont les personnes dont j’apprécie le travail et que je croise le plus souvent sur les festivals, les séances de dédicaces ou sur le net. Des sources d’inspiration graphique ou d’écriture.

Revenons au livre lui même, TRABOULE, qui est prépublié sur le blog du festival de LYON. Peux tu nous parler de la genèse de ce projet.

Je partais donc avec ce concept de passage. J’avais l’idée de m’éloigner du réel que j’utilise souvent pour quelque chose de plus étranger, et l’envie de faire de grands dessins, sortir du cadre étroit du strip. J’ai collé l’intrigue aux Etats-Unis car c’est un espace où dans l’imaginaire collectif tout devient possible. Très marqué par le format court des notes de blog, je craignais de me noyer dans un récit long. Le fait de savoir qu’il serait fragmenté pour sa première présentation sur le blog m’a aiguillé vers un découpage en épisodes. L’espace d’un épisode me semblait plus à ma porté, et donner un aspect encore plus étrange à l’histoire en développant dans les premières parties du récit des morceaux d’histoire qui semblent au départ totalement étrangers les uns des autres. Lieux, personnages, ce n’est qu’au fil de la lecture que les liens évidents entre eux se révèlent.

On retrouve dans ce livre beaucoup de références au cinéma et aux séries américaines, c'est une influence importante ?

Plus les séries que le cinéma. Visuellement parlant, cela vient sans doute surtout du fait qu’ayant placé mon histoire aux Etats-Unis et que je n’y ai jamais mis les pieds, mes seules références, mes seules images étaient celles perçues dans les séries. Une vision très déformée et très orientée.

Sur le fond, la série m’importe de plus en plus. Je l’expérimente déjà de façon un peu désordonnée sur le Politburo. La collaboration avec Les Autres gens m’incite aussi à poursuivre sur cette piste. La série à la télévision ou dans la BD m’intéresse car elle permet de faire vivre ses personnages sur du très long terme. Je pense d’abord aux séries qui font évoluer et vieillir leurs protagonistes (Blueberry ou Valérian en BD). De la série télévisée, je retiens surtout les efforts à faire tenir des situations, même en usant des ressorts les plus improbables et l’usage exagéré du cliffhanger. Alors bien sûr, Traboule n’est pas une série, c’est une histoire complète et terminée, mais elle leurs doit beaucoup dans sa conception, dans son découpage.

Dans ce livre, on retrouve moins l'humour qui t'a fait connaître et qu'on a pu retrouvé notamment dans Fluide, c'est un choix pour une histoire plus fantastique, assez surprenant finalement. Tu avais le désir de rompre un peu avec l'humour potache Gotlibien ?

Le développement naturel de cette intrigue longue laissait moins la place à des chutes ou des gags. Ils auraient pu sembler hors de propos. Je ne me suis pas posé cette question dans le sens où l’humour s’est, à mes yeux, immédiatement glissé dans les détails. Les attributs des personnages, leurs costumes, leurs expressions démesurées, les clichés, la moustache de Stuart…

La moustache est un élément important de la mythique Pochepienne, et Traboule ne fais pas exception : tu n'en portes pas toi même, c'est une fascination personnelle ?

Une répulsion à la base. Mais j’ai pris l’habitude de mettre en scène des personnages ou développer des contextes que j’ai longtemps ignorés ou peu appréciés. Traboule se déroule en 1979. Mode, pilosité, ameublement, c’est une période que j’ai toujours trouvée hideuse et mal fagotée. Mais, elle est finalement jouissive à dessiner. Jouer avec des éléments devenus désuets mais qui furent à leur époque ce qui se faisait de mieux. La moustache fait partie de cet ensemble.

La Traboule est une sorte de passage mystérieux, on ne sait pas vraiment où elle l'amène, jusqu'au bout, le sais tu en fait ?

J’ai bien veillé à laisser cette porte ouverte afin que chacun se fasse sa propre idée, sa propre histoire. Ce passage est-il réel ou simplement fantasmé ? A chacun de se prononcer (ça c’est mon côté Robert Hossein). Plus que la destination, c’est plutôt le processus qui est important : le face à face avec ses regrets, ses espérances, avant une éventuelle prise de direction…

Si tu devais emprunter la traboule toi-même, ou te retrouverais tu ?

Loin, très loin du bac à endives.

Quels sont les prochains projets de l'infâme Pochep ?

J’ai des envies de far west. Un western gay. Je réfléchis.

On te retrouve au festiblog ?

Oui, je serai de la partie (et mieux couvert que l’an dernier).

Peux tu nous parler d'un truc sans rapport mais qu'il te ferait plaisir d'évoquer ?

Je m’endors systématiquement en voiture. Même au volant.

(Toutes ces images ont été empruntées à Maître Pochep sur son blog, sans son autorisation, mais on espère qu'il laissera passer)